C.A.P pour migrants : que se cache-t-il derrière ?

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Pourquoi dire non à un centre d’accueil ? Un accès à l’eau courante, l’électricité, des locaux chauffés, des jeux de sociétés… Pour en profiter, il suffit de pointer avec son doigt à l’entrée. Prise d’empreintes digitales ou simple système de régulation ? Entre les discours de l’association « La vie active », en charge du projet inauguré en janvier, et ceux des migrants, le fossé se creuse.

« 300 femmes et enfants hébergés jours et nuit. 2400 repas servis et 500 douches prises quotidiennement ». Voilà ce qu’on peut lire sur la page d’accueil du site du centre Jules Ferry. Suivi d’une présentation brève : « un centre d’accueil, dit « de jour », qui assure aux personnes migrantes de 9H30 à 18H00 un accès aux besoins de première nécessité ». Sur le papier tout a l’air parfait. Sur place, ça se tient aussi. Le centre, situé sur la route du bidonville de la Jungle, est fait de préfabriqués et semble propre. Un autre univers, une autre ambiance qui permet aux 3500 migrants présents sur la zone de se changer les idées, avec notamment des films, des jeux de sociétés et des improvisations de concerts/danses.

« Ils prennent nos empreintes » 

Mais alors où est le problème ? Il doit bien y en avoir un, puisque nombre de migrants refusent d’y mettre un pied. Pour mieux comprendre, nous sommes allés de l’autre côté du grillage, à la frontière. Une fois sortie de cette zone « de luxe », retour à la réalité, à savoir les logements de fortune faits de toile. Entre deux restaurants, se tient debout un Soudanais. Il est seul, il ne fait que passer. Il nous dit bonjour, comme à tout le monde ici. A l’évocation de la partie des préfabriqués gérée par l’association « La vie active », on sent qu’il y a comme un malaise. « Je ne vais pas là-bas, car ils prennent nos empreintes ». Et c’est là que ça coince. Le régalement européen Dublin II est clair. « Si un demandeur d’asile arrive en France et que l’on retrouve une trace de son passage – en général une empreinte – dans un autre pays d’Europe, il y sera renvoyé de force » peut-on lire sur le site france-terre-asile.org.

L’Angleterre, leur eldorado 

Or, le hic est que la plupart des migrants de la jungle n’ont qu’une seule destination : l’Angleterre. Et le fait d’être répertorier dans une immense base de données n’aide pas le passage à l’autre côté de l’Atlantique, déjà périlleux en raison de la politique d’accueil  menée par le premier ministre britannique, David Cameron. S’ils se font arrêté par la police, c’est retour sur notre hexagone, et demande d’asile française obligatoire. Autant dire que le rêve devient poussière. La situation est claire comme de l’eau de roche dans leurs esprits. « J’ai ma fille là bas » nous dit un Indien entre quelques passes de ballon. Endurer la vie à la jungle, rythmée par la mafia et les vols, ou se réchauffer du côté de la partie en dur, au risque de dire adieu à l’Angleterre ? Pour eux, la réponse va de soi.

Alors, fichage ou pas fichage ? 

A qui faut-il donner raison ? Ne serait-ce qu’une rumeur ou y a-t-il matière à soulever ? La question se pose. Guillaume, responsable communication de l’association « La vie active », répète qu’il ne s’agit pas d’un fichage à partir d’empreintes, mais juste de la forme de leur main. «Car les places ici sont comptées, et si un migrant ne pointe pas pendant plusieurs jours, sa chance est laissée à un autre ». Serait-ce donc juste une question de régulation ? Peut-être que, sous l’effet du désespoir, les migrants se méfient alors qu’ils ne devraient pas. Il faut dire que les légendes urbaines, ce n’est pas ce qui manque à la jungle de Calais. L’Indien nous en a conté une nouvelle, celle du cybercafé Big Brother. «Vous voyez ce cybercafé là-bas ? Il est tenu par des anglais. C’est  bizarre, ça fait plusieurs mois qu’il est là. Pourquoi reste-t-il ici ? A mon avis, ils nous tracent, et surveillent tous nos faits et gestes. Ensuite, tout est communiqué à David Cameron, pour mieux nous empêcher de passer. » Trop beau pour être vrai ? On se pose tous la même question.

Mélina Fritsch

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