Anna Politkovskaia, la liberté d’information jusqu’à la mort

anna

Mardi, c’était la journée de la femme. C’est fini me direz vous, mais… quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Alors, on continue ! Zoom sur une femme d’exception. C’est quoi son nom déjà ? Anna Polokovskaia ? Anna Pilitovskaia ? On sait à quel point les noms russes sont difficiles à retenir, mais le sien vaut bien une légère prise de tête. Anna Politkovskaia était une journaliste russe qui s’est battue corps et âme pour défendre la liberté d’information. La politique, elle l’avait ancrée en elle, jusque son nom de famille (en russe политика, lire politika), et c’est contre celle, envahissante, de Poutine, qu’elle avait décidé de lutter. En cette semaine de la femme, on vous livre son portrait en 5 dates.

Une adolescence entre les Etats-Unis et la Russie

1959. Anna Stepanovna Politkovskaïa naît en 1959 à New York aux Etats-Unis. Fille de diplomate, son père, Stepan Mazepa, travaillait à la mission de la RSS d’Ukraine auprès de l’ONU. Pour RSS, comprendre « République Socialiste Soviétique » d’Ukraine, c’est à dire qu’il travaillait à la branche ukrainienne de la mission soviétique à l’Organisation des Nations Unies. Elle sera diplomée en 1980, vingt ans plus tard, à Moscou en journalisme, avec une thèse sur la poète russe Marina Tsvetaeva. Son adolescence à la fois à l’Est et à l’Ouest a été un élément déterminant dans sa vision de la politique et des libertés.

Ses débuts de carrière à Izvestia et Novaia Gazeta

1980. Elle travaille d’abord sa plume au quotidien Izvestia, un journal soviétique leader à l’époque. Elle assiste à la période de démantèlement du bloc de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, qu’elle décrit comme « l’Union Soviétique à son plus mauvais jour« . Elle continuera sa carrière au quotidien indépendantNovaia Gazeta, où elle publiera notamment ses articles sur la guerre en Tchétchénie, massacre lancé par Poutine, et cause qui lui était très chère. « Son engagement n’était pas politique, mais humain« , notent les distributeurs de Lettre à Anna, film hommage.

Son rôle lors de la prise d’otage de la Doubrovka

2002. Année de la prise d’otage au théâtre moscovite dit «de la Doubrovka» pendant lequel, au péril de sa vie, elle a tenté de jouer la négociatrice coûte que coûte, mais en vain. Évènement qui avait pris de court les 850 spectateurs, perpétré par une cinquantaines de «terroristes» tchétchènes, et stoppé par l’assaut des forces russes le lendemain. Bilan : 130 morts. D’où la fameuse réplique du président russe Vladimir Poutine «butter les terroristes jusque dans les chiottes.».

Le danger, elle savait qu’elle baignait dedans

2004. Anna Politkovskaia était consciente de tout ce qu’elle faisait, et l’assumait sans retenue. Mais elle savait bien qu’elle était en danger. En 2003 déjà, elle s’était demandée «si je suis encore vivante aujourd’hui, ça relève d’un miracle».  Elle ne croyait pas si bien dire : un an plus tard, on a tenté de l’empoisonner.

Assassinée le jour de l’anniversaire de Vladimir Poutine 

2006. Ils l’ont finalement eue. Elle sera tuée le 7 octobre 2006, de plusieurs balles, alors qu’elle sortait de l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Qui est le réel assassin ? En dépit de la volonté exprimée par les autorités russes pour élucider le crime, il faudra attendre 2014 pour avoir des nouvelles. Deux tueurs sur gage ont été condamnés, mais les commanditaires courent toujours. Cela fait ainsi 23 journalistes russes tués entre 2000 et 2014 selon le Comité pour la Protection des Journalistes. En octobre 2015, Mediapart comparait cet assassinat à celui d’un autre opposant, Boris Nemtsov. L’auteur, le prisonnier politique russe Ilar Dadin, écrivait à propos de la mort de Politkovskaia : « Assassinat démonstratif : tuée le jour d’anniversaire de Poutine. En Russie, dans le monde du business et de la politique, il est traditionnel, pour l’anniversaire d’une personne, de lui offrir en cadeau la mort de son opposant ou adversaire principal. » Triste réalité. Anna Politkovskaia et le combat pour la liberté de la presse : il vivait pour elle et elle pouvait mourir pour lui. Elle est morte pour lui. Certes, ils ont fini par assassiner cette femme qui ne voulait pas vivre « à la russe », mais ses écrits eux, sont encore bien là.

Mélina FRITSCH

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