Taxi Téhéran, et si nous avions tout faux sur l’Iran ?

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Quand on pense à l’Iran, la même idée nous vient tous à l’esprit. A savoir, le non respect des droits de l’homme, les exécutions à répétition, un statut de la femme au plus bas qui ferait frémir n’importe quelle féministe occidentale… Mais, et si notre regard porté sur l’Iran s’avérait être très loin de la vérité ?

Jeudi soir au cinéma l’Univers à Lille, le Moyent-Orient était à l’honneur, plus précisément l’Iran. A l’occasion de la projection du documentaire « Taxi Téhéran » de Jafar Pahani, la salle était comble. Il y en avait du monde pour la diffusion de ce huit-clos, tourné en 2013 et diffusé en 2015 en France, mais interdit en Iran. Autour de la table, étaient également présents deux invités : Thierry Coville, spécialiste de l’Iran et chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques ; et le journaliste Taghi Rahmani, exilé politique en France.

Des personnages représentatifs de la société iranienne d’aujourd’hui

«Un film qui traite d’une partie de la réalité actuelle  d’une société avec plusieurs couches et différentes visions.» c’est ainsi que Mr Rahmani ouvre le bal. A bord du taxi, le spectateur est transporté dans l’Iran d’aujourd’hui,  à des années lumières des stéréotypes occidentaux. Les clients de ce « chauffeur de taxi d’un jour », qui n’est autre que le réalisateur en personne, nous offrent un panorama de la société iranienne contemporaine. Les deux femmes âgées qui veulent à tout prix arriver à temps pour rejeter le poisson dans ses eaux originelles, témoignent du côté traditionnel, tandis que d’autres, comme l’avocate militante contre la peine de mort, sont la trace d’une évolution. Sans oublier bien sûr le personnage le plus important, toujours selon Mr Rahmani, la nièce, symbole d’un paradoxe à elle seule. «Son école lui demande de réaliser un film, mais sans noirceur, sans violence… Mais la petite est confuse. Pourquoi refuser de montrer une réalité, qui est pourtant bien là ? » De son innocence enfantine, la jeune fille, qui n’a pas la langue dans sa poche, questionne la censure, omniprésente en Iran.

L’Europe et son discours hypocrite porté sur l’Iran 

Au delà de ça, c’est un autre paradoxe que voit l’autre intervenant, Thierry Coville, gêné par le discours européen envers l’Iran. Dans le documentaire, il est question à un moment du cas de l’exécution d’un voleur, chose contre laquelle l’Occident s’indigne. Or pour lui, «les sanctions économiques internationales sur l’Iran ont poussé le pays dans la pauvreté, et la petite criminalité». « Il ne faut pas oublier notre responsabilité » ajoute-t-il. Autrement dit : Occidentaux, à l’instar des politiciens français, faites votre Mea Culpa. Le discours européen est, pour lui, une erreur de diagnostic. «C’est facile d’être contre la peine de mort dans nos démocraties. Mais pourquoi avoir posé  ces sanctions contre l’Iran ?  Pour du changement ? Il a eut lieu, et la pression est montée.» On récolte ce que l’on sème, voilà ce qui semble être la morale de l’histoire.  «On a voulu créer des tensions politiques et économiques, alors qu’on aurait du en discuter». Ce soir, on l’aura compris, la société civile iranienne n’est pas celle que l’on croit, elle bouge. « Elle a un rapport avec le régime, c’est une spécificité du pays. 80% de l’économie est contrôlée par l’Etat, des compromis sont faits avec le peuple. Il y a des avancée dans tous les coins, même pour les femmes. Le gouvernent est obligé de l’accepter, car ce sont ses propres enfants.» Avant de finir, Mr n’oubliera pas de tacler l’Arabie Saoudite, partenaire économique privilégié de la France. «On critique l’Iran pour son rapport aux droits de l’Homme, mais on copine avec l’Arabie Saoudite…» 

Amnesty International, un point de vue sur la question à suivre

Alors qui aurait un regard légitime sur l’Iran ? Sur ce point, les deux intervenants sont d’accord, tous les compliments vont à Amnesty International, qui soutient ce documentaire.  Pour Taghi Rahmani, l’association aurait une portée pacifiste. «C’est un des rôles d’Amnesty International. Si on arrive à la paix dans notre région, il n’y aura pas d’effets comme l’Etat Islamique. Le terrorisme bouge, comme tous les mouvements. Il arrive chez vous, mais si les occidentaux dans leurs relations avec nos pays, ne voyaient pas que par leurs intérêts économiques… » Ah… avec des si, on refait le monde !

 

Mélina Fritsch

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