Copé, le retour : méfiez vous de l’eau qui dort…

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Jean-François Copé / Crédits : AFP/MIGUEL MEDINA

 

Pendant ses 18 mois d’absence, Jean-François Copé n’était plus. Mais “le bouc émissaire” de l’UMP, comme il le prétend, est de retour, et il a réfléchi. C’est un autre homme que nous avions devant nous, mercredi soir, à l’Edhec Business School de Croix. Il dit lui même avoir « fait un travail de résilience » et avoir appris à « se construire de ses échecs ».  Pendant cette année sabbatique, Copé n’a pas chômé. « J’ai fait du piano » lance-t-il en rigolant. Non, il n’a pas uniquement suivi à la baguettes les gestes de Chopin, Mr a surtout écrit un livre…

« Le sursaut français », aka son mea culpa. Bis repetita me direz vous. Il est vrai que Copé n’est pas le seul a avoir flairé le bon filon, Sarkozy est aussi sur le coup, avec La France pour la vie. Et Juppé arrive derrière. Comme chez l’ex-chef de la République, on retrouve la même idée : l’échec est formateur. Mais attention, pas d’amalgame, Copé n’est pas Sarkozy. C’est en bombant le torse que Mr Copé souligne la différence. « Je n’utilise pas la formule :  j’ai changé, car elle est totalement bradée ». Alors il a vraiment changé ou pas ? « Change-t-on vraiment ? Je ne le crois pas. Fondamentalement, on se construit, en fonction des étapes de la vie. Mais on est ce qu’on est, on garde sa nature profonde. ». Bien, on s’y perd un peu avec tous ces bavardages philosophiques.

Sa devise : aller de l’avant, sans oublier le passé 

Il « rêvait de nous retrouver » lance-t-il, souriant, le regard à la fois coquin et mystérieux, dissimulé sous ses sourcils broussailleux. Tout est dans le pathos. C’est parfaitement rodé qu’il a répondu aux questions des étudiants, tel une profession de foi, donnée quelques mois avant… les primaires. Mais que nenni, monsieur s’en défend. « Je n’ai pas d’arrières pensées, que des avant pensées. »  Et son passé, il ne l’oubli pas. Le micro trottoir dans les rues de la Grand Place de Lille l’a bien montré, son nom est directement associé à l’affaire Bygmalion, et s’en suit le sentiment d’un ras-le-bol, accompagné d’un soupir, émanant de la personne sondée. Impossible donc pour Mr Copé de faire oublier cette affaire, mais Copé avance, Copé est un nouvel homme, alors Copé annonce ses nouvelles mesures.

Un système parlementaire obsolète

Et il a matière à dire l’monsieur. Jean François Copé veut de l’action, marre de ces politiques qui parlent pour ne rien faire. « Les gens sont déçus des leaders politique actuels car ls ne font pas ce pour quoi ils sont élu ». Pour lui, il faut « arrêter avec la langue de bois et la main tremblante lors des décisions difficiles ». De la poigne ! Mais encore faut-il modifier notre système parlementaire, qui n’est plus adapté au 21ème siècle, car trop lent selon lui. Il est vrai que 18 mois, entre le vote d’une loi à son application… ce n’est pas aussi long que mémé qui déchiffre un sms, mais on n’en est pas loin. « Quelle est la décision qui a du sens après 18 mois ? » Fichtre !

Le sursaut français, quésako

Il avait beaucoup, beaucoup de choses à dire, alors on a essayé de thématiser le tout. Tout d’abord au sujet de son livre, et plus particulièrement de son idée du « sursaut français », assez flou pour nous jusqu’ici. Deux choses. « Premièrement, il y a un vrai problème de mental en France … un espèce de plafond de verre sur la tête qui fait que ceux qui ont envi de réussir et de faire des choses nouvelles ne peuvent pas, parce qu’on les pointe du doigt, dès l’école primaire. » Ce que Copé veut dire par là, c’est que l’école française n’est fait que pour les grosses têtes, et laisse les autres de côté, alors qu’il faudrait aussi valoriser les non-matheux. Et ce n’est pas fini. « Deuxièmement, il faut que les politiques aient le courage d’expliquer dans quel monde nous sommes entrés, caractérisé par deux bouleversements : le numérique et le rapport multipolaire du globe. » En gros, fini le temps de la guerre froide et du téléphone rouge Moscou/Washington ! Le monde change ! JFC prend en exemple le cas d’UberPop, et de l’action politique qui l’a laissé bouche bée. « Le président de la république a dissout Uber Pop, comme on dissolvait les ligues fascistes en 1936. Je me suis dit que le monde n’est plus celui là. La déconnexion entre les politique et la société civile est énorme. »

Economie : plaidoyer pour un référendum d’entreprise 

Passons à présent à l’économie. « Plus vous mettez de rigidité dans un système, moins il y aura d’embauche ». Un classique, mais encore Mr Copé ? « Il faut qu’on simplifie le code du travail. Avec les seuils, vous êtes assurés d’avoir toutes les contraintes pour embaucher …  l’affaire des 35 heures est un message complètement à l’envers de ce qu’est la réalité du travail. Il ne s’agit pas de travailler 60 heures, mais seulement que l’on puisse vraiment assouplir les choses. » Pour se faire, Mr Copé nous présente son idée phare : le référendum d’entreprise. Plus précisément, le pouvoir aux salariés, plutôt qu’aux syndicats. « Les salariés votent sur la base d’un projet proposé par le manager de l’entreprise, qui concerne l’organisation du travail et pour que quand il y a une majorité en faveur, qu’il ne puisse pas être détricoté par des syndicats qui souvent ne représentent pas les salariés dans leur ensemble. » Et bim, ça tacle ce soir. « Cette idée qu’on doit absolument avoir un système totalement égalitariste où tout le monde est à la même enseigne est absurde. Les métiers sont différents, les entreprises sont différentes. » Bon, apparemment, l’égalité, il aime pas trop ça. Ah, dernière idée : faire ses adieux aux CDI ! JFC milite pour le CDD renouvelable trois fois. « L’idée que l’on est ait un CDI toute sa vie dans une même entreprise, malheureusement, ne correspond plus au modèle d’aujourd’hui.  » Eh oui, le monde change, voyez vous. Fonction publique, tu es pointée du doigt.

Laïcité : concordat entre l’Etat et Islam 

Et pour finir, le terrorisme. « Une seule solution, non. Mais une batterie de réponses, oui. » Au, moins il est honnête, on ne pourra pas lui enlever ça. Dans son livre, il propose « l’embauche de 50 000 gendarmes, policiers, magistrats, gardiens de prison, parce qu’il faut réorganiser notre appareil régalien ». Pour lui, la question de sécurité est essentielle, et celle de la prévention aussi. « Il faut faire un travail important de renseignements, d’identifications, et ensuite, comme l’ont montré certain nombre d’expérimentations, de travailler avec ceux identifiés comme radicalisés pour parler avec eux. Car on peut déradicaliser quelqu’un comme il a été radicalisé. C’est de l’endoctrinement, donc il suffit de rouvrir leurs yeux, c’est comme de l’hypnose… et leur redonner un parcours de vie ». Il a bon coeur le Copé. D’un pierre deux coups, il établi un lien avec la laïcité, qui aurait sa part de responsabilité dans les événements, car trop floue. « Nos compatriotes de confession musulmane, je suis désolé, sont arrivés pour beaucoup d’entre eux après la loi de 1905 en France, et donc il n’y a pas de règles claires quant au financement des lieux de culte, pour la formation des imams, pour les carrés confessionnels dans les cimetières… Donc forcement, les extrémistes, les intégristes profitent de ce vide juridique pour manipuler des gens.»  Pour contrer à cela, il propose un concordat en l’Etat et l’Islam. Pour ce qui est Imams, « le Président de la République peut décider que la question de la formation des imams sera désormais traitée en France. » Autre problème, sur le financement des lieux de culte cette fois. « Il faut qu’ils soient transparent, en passant par la case des dépôts, ce qui permettrait de les sécuriser, et de les rendre consultables.»

Déchéance de nationalité, une mesure strictement symbolique

Avant de partir, et de finir son discours qui avait tout l’air d’être dirigé aux primaires de l’UMP, mais qui n’en était pas un, Mr Copé a donné un énième avis sur la déchéance de nationalité. « Ce n’est pas une mesure qui va permettre de lutter contre le terrorisme. Lorsque, vous allez déchoir quelqu’un de la nationalité, qui a en a une double, et qui a commandité un acte terroriste, son problème ce n’est vraiment plus quelle nationalité est la sienne. En revanche, je pense que c’est un élément pour apaiser la colère, la tristesse des Français.» Et de plaider, une énième fois également, pour son innocence dans l’affaire Bygmalion. « Si jamais par un incroyable hasard, l’innocence du début était confirmée, ayez une petite pensée pour moi. » Il nous aura presque fait verser une larme…

Mélina Fritsch

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