Mesures contre le terrorisme, la parole à Marc Trévidic

Trévidic furet
Jeudi soir, Marc Trévidic était du Furet pour la sortie de son livre “Alham”

Il y a deux ans, le peuple tunisien chassait du pouvoir Ben Ali et entamait ainsi son printemps arabe, ou ce qu’on appelle communément « la révolution du jasmin ». C’est en cette date anniversaire qu’a choisi Marc Trévidic pour sortir son livre « Alham », dans lequel l’histoire contée n’est pas étranger au contexte actuel. Oeuvre qui raconte le destin d’une famille tunisienne, plus précisément d’un frère et d’une soeur, inséparables, puis écartés par leurs prises de positions. La soeur, Alham devient figure de la révolution, tandis que son frère, Issam, se radicalise.

Mais pour l’ancien juge anti terrorisme, aujourd’hui vice président du tribunal de grande instance de Lille, où il est chargé des affaires familiales, impossible de ne pas évoquer l’actualité. Il en est persuadé : il faudrait un projet de fond, plutôt que des mesures à court terme, la conséquence de politiques qui ne se projettent pas au delà de leur mandat.

Un manque d’effectif judiciaire lourd de conséquences

Pour commencer, Marc Trévidic parle de ce qui le concerne directement : la justice. On l’a déjà entendu, mais lui le confirme encore une fois. «Nous étions au courant qu’un grand attentat allait avoir lieu ». Mais pas d’informations concrètes sur où et quand. La preuve en est, selon lui, que toutes les mesures concernant l’exécutif et l’Etat d’urgence avait déjà été envisagé au sein de la sphère politique. Ils savaient, mais n’ont pas pu l’éviter, du fait d’un manque d’informations concrètes, mais aussi de l’explosion du système judiciaire. «Avant l’explosion des départs en Syrie, on y arrivait, mais soudainement, un contentieux a multiplié notre charge de travail de manière inimaginable, à effectif égal, personne ne pourrait faire face à ça. Ce qu’on n’a pas vu venir, l’explosion totale de ce contentieux. Sachant qu’on est débordé et qu’on ne peut plus faire d’enquête, il n’est pas difficile de comprendre qu’ils aient réussi à passer entre les mailles du filet.» Pour Mr Trévidic, nous sommes face à une situation problématique, qu’il faudrait réformer au plus vite. «Tant qu’on ne sera pas remis à un niveau de la menace terroriste, on ne pourra rien faire. ». 

Une position internationale comparable à celle de Ben Laden

Un état des choses où, encore une fois, chacun à sa part de responsabilité. «Tout ça est le fruit d’errance totale de la politique internationale. On a laissé se créer à nos portes un maxi groupe terroriste, parce que on ne pouvait pas taper sur Bachar, on ne pouvait pas non plus aider les républicains syriens. On a laissé prendre un territoire, une importance structurée, tout ça en 3 ans, et c’est phénoménal.» Une prise de position qu’il ne se gêne pas à comparer avec celle de Ben Laden, à son retour en Afghanistan en 1996. Son pacte avec les talibans, et son soutien au camp d’entraînement djihadistes, ce qui lui rappelle «quand on a vu nos jeunes partir se former, nous n’avons rien fait, alors qu’on aurait très bien pu bombarder ces camps». Il semblerait que les pays occidentaux se soient réveillés trop tard, uniquement après avoir été touché personnellement, notamment avec l’attentat du World Trade Center en septembre 2001. «Le problème c’est qu’on fait la guerre que quand on est vraiment obligé. En attendant, eux préparent des attentats… Et si on leur laisse le temps de préparer, et bien ils le feront. Il n’y a pas de secret, c’est de la pure logique.» Pour lui, les états se reposent un peu trop sur leurs lauriers, au lieu de prendre réelle mesures, à savoir l’attaque. «La position hermétique de la France, qui consiste à croire qu’en position de défense, on va empêcher tout le monde de passer, est complètement illusoire.»

Prévenir la radicalisation, plutôt que se focaliser sur la dé-radicalisation

En ce qui concerne la politique de dé-radicalisation que l’Etat français veut mettre en place, Marc Trévidic n’a pas la langue dans sa poche. Plutôt que de ne voir que par la dé-radicalisation, lui propose de prévenir la radicalisation. «A long terme il faudra résoudre le problème de la radicalisation, sinon, un phénomène comme l’EI se renouvellera ailleurs. On aura gagner 2 ou 3 ans. Il faut éviter non pas que les jeunes déjà radicalisés déposent les armes, mais au moins que la génération à venir ne se radicalise pas.» Aujourd’hui, la multitudes d’informations sur l’Etat islamique et sa propagande permettent aux jeunes d’être conscient, ce qui leur permettrait de moins se faire engranger par d’autres. Pour cela, l’ancien juge a quelques idées en tête «grâce à des moyens culturels, des productions cinématographiques, des images, comme mon roman… On raisonne trop, en se demandant comment on va dé-radicaliser, mais pour moi il faut s’adresser à ceux qui ne sont pas dedans, car à un moment, ils vont se retrouver devant quelqu’un qui va essayer de les convaincre, et ils auront se contre discours pour dire non.»

Les assignations à résidence, ou comment pousser des jeunes dans les bras de l’EI 

Pour ce qui est des actions sur ces zones où prospère l’Etat Islamique, Marc Trévidic, a son mot à dire sur les méthodes utilisées. Celles des américains tout d’abord, à qui il reproche une vision assez simpliste. «Les drones américains, surtout en Afghanistan, ont l’idée que pour tuer un terroriste, ce n’est pas grave de tuer 50 civils autour. Ce n’est pas acceptable, et qui en plus inefficace. Car pour un terroriste tué, on en crée 100 autres, c’est à dire que toutes les familles endeuillées, vont basculer pus facilement dans le terrorisme.» A y regarder de plus près, et en considérant ses arguments, la politique française et ses assignations à résidence n’est pas si différente. Marc Trévidic reproche à certains de blamer les américains pour leurs drônes, en fermant les yeux sur les conséquence de l’Etat d’urgence liberticide sur le territoire national, qui serait créateur de terroristes.  «Le problème c’est que, quand vous cassez leur porte à 6h du matin puis que vous les assignez à résidence, ne les avons nous pas jeté dans les bras de l’EI ? Pour avoir une mesure énergique tout de suite, on va faire quelque chose, mais sans prendre en compte les possibles effets pervers. Et on ose dire qu’on est rigoureux et que les autres sont laxistes…» Des assignations à résidence qui toucheraient de jeunes salafistes, au départ indécis, mais qui après avoir étés enfermés, auraient mobilisé une haine envers cet Occident « contre l’islam ». De fil en aiguille, étant donné que la haine de l’occident est un moteur essentiel du recrutement de Daesh, à le croire, tout peut aller très vite.

Une absence de mesures de fond qui conduira à notre perte 

Pour conclure son discours, c’est par un appel lancé aux politiques qu’il déplore la situation actuelle et leur manque d’efficacité. «J’ai commencé en 2000, de 2000 à Merah, on arrivait à éviter les attentats. Qu’est ce que se disaient les politiques ? On a fourgué le bébé à la justice, ils arrivent à éviter les attentats, donc pourquoi s’inquiéter ? Nous ne sommes pas occupé de la cause, alors que le terrorisme n’en est que les effets. C’est quand l’Etat d’un coup a découvert qu’il y avait des jeunes radicalisés en France, qu’il a réalisé qu’il fallait s’en occuper.» Mr Trévidic critique la position étatique et l’assume : « l’Etat français a choisi la facilité.» «Tant qu’on a réussi à éviter les attentats, pourquoi s’occuper du fond du problème et de ses aspects économiques, sociaux, éducatifs ? C’est beaucoup plus fatiguant, et barbant. Les politiques ne voient que par mai 2017, on ne peut pas aller au-delà. Il faudrait vraiment faire un travail de fond, un plan sur dix ans, mais les réponses des politiques sont immédiates… » 

Mélina Fritsch

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s