Et si l’EI se la jouait Pablo Escobar ?

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«Si soy elegido, aqui los que nunca han tenido una voz, tendrán una voz. En mi tenéis el amigo que siempre habéis tenido, el amigo de hoy, el amigo de ayer y el amigo de mañana. » Peut-on entendre dire feu Pablo Escobar quand il entre en politique, dans la série, tirée de faits réels, Narcos. Et si le narcotrafiquant, qui par ses recettes liés à ses magouilles a tenté de rentré en politique en proposant de rembourser la dette colombienne, avait retrouvé son successeur ? Après la proclamation de Raqqa comme fief de l’Etat Islamique en juin 2014, Abou Bakr Al Baghdadi avait été désigné « calife » c’est à dire chef de tous les musulmans. Voilà les mots qu’il a prononcé à sa première apparition à la télévision. « Je suis le Wali (leader) désigné pour vous diriger, mais je ne suis pas meilleur que vous ; si vous pensez que j’ai raison, aidez-moi, et si vous pensez que j’ai tort, conseillez moi et mettez moi sur le droit chemin ». Un mec banale quoi, en qui on peut avoir confiance en somme, comme ce bon vieux Pablo.

Depuis les attentats du vendredi 13 novembre revendiqués par Daech (acronoyme arabe pour Etat Islamique en Syrie et au Levant), l’horreur à fait place à la psychose. Chaque journal télévisé consacre quelques minutes, si ce n’est plus, à un sujet sur l’Etat Islamique. Et les médias ne sont pas en reste… Bruxelles en état d’urgence, les forces de l’ordre toujours à la recherche de Salah Abdeslam, la prolongation de l’état d’urgence, les récentes mesures sécuritaires prises par le gouvernement… Tout est lié. On ne cesse d’incriminer l’EI, pour ses attaques meurtrières qui ont fait au moins 130 morts vendredi dernier à Paris, sans vraiment revenir aux causes de la création du mouvement.

Aux origines : la marginalisation des peuples sunnites 

Car c’est au fondement une vengeance de peuples oubliés, mis de côté, que revendique Daech. Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. Prétextant la détention par le pays d’ armes chimiques qui pourraient menacer la sécurité internationale, les américains ont envahi le territoire et provoqué, par leurs actes guerriers (des bombardements notamment), la précarité des populations sur place. Chute, au même moment, de la dictature vieille de 35 ans de Sadam Hussein. Ce sont donc les américanos qui prennent le flambeau de la gestion des territoires. Cet évènement marque l’écartement des sunnites (qui précédemment étaient au pouvoir), marginalisés et victimes de violence, ils se soulèvent contre la gouvernance. Se ralliant à la cause, plusieurs groupes d’opposition prêtent allégeance à Daech, et c’est là que l’EI va prospérer, pour s’étendre ensuite jusqu’au nord de la Syrie. La Syrie où l’EI a profité de l’instabilité des peuples après des révoltes des printemps arabes qui avaient mal tournées. Ce qui avait engendré une guerre civile mêlant l’armée de Bachar Al Assad, l’armée syrienne libre, et différents groupes d’opposition (où l’EI a pu trouver des gens concernés par la lutte).

Un Etat de droit 

C’est ici qu’on retrouve la logique du bon vieux Pablo : tendre la main aux peuples bafoués par le pouvoir. Voilà ce qui explique l’ascension de l’EI. C’est du moins l’avis de  Pierre Jean Luizard, historien spécialiste du Moyen-Orient et auteur du livre « Le piège Daech ». Dans un article du magazine Challenges datant de février, Mr Luizard détaillait une stratégie politique très intelligente, sur laquelle tout repose. Les forces de Daech se veulent une armée de libération, c’est à dire qu’elles opèrent à une passation de pouvoir à des acteurs locaux investis dans la gouvernance de la ville. (En contrepartie, ces derniers doivent prêter allégeance à l’EI et se plier aux voeux des djihadistes.) C’est cette soit disant passation de pouvoir qui changerait la donne : une population en meilleure posture, comparée au temps où les forces chiites ou l’armée irakienne détenaient le pouvoir. Dans un article paru dans Libération en mars dernier, notre homme déclarait «l’EI ne fonctionne pas que par la terreur, sinon on ne comprendrait pas qu’une ville de 2 millions d’habitants comme Mossoul ne se soit pas vidée entièrement à l’arrivée des jihadistes … On peut même parler d’une adhésion d’une partie de la population.» Un territoire qui fait tout de même la taille de l’Angleterre et qui hébergerait 10 000 personnes. L’affirmation de Mr Luizard est difficile à croire. Mais il continu. « L’EI n’intervient qu’en cas de corruption ou de rébellion. Les recettes pétrolières sont publiées pour manifester la rupture avec le régime précédent. Et les produits de première nécessité sont de nouveau abordables. » Daech, ou l’arrivée du messie ?

Mais les faits sont là. Et les belles paroles de Mr Luizard ne pourront redonner la vie aux 43 morts des attentats de Bérouth, aux 130 des attentats de Paris. Pour ne citer que les plus récent. Afin d’ « éradiquer le terrorisme », comme le propose notamment le président russe Vladimir Poutine, on ne peut passer outre les circonstances de la création du mal. Adoptons les méthodes de la psychanalyse freudienne, faisons face à nos responsabilités et avouons nos torts. Ne serait-ce que pour une fois.

Mélina Fritsch

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