Boycott des produits israéliens, et alors ?

Daniel Shek ok
Daniel Shek, ex-ambassadeur d’Israel en France, mardi soir à Sciences Po Lille

Les réactions fusent suite à la mesure prise par l’Union Européenne hier, mais à Sciences Po Lille,  assis sur son fauteuil , Daniel Shek fait la moue. Tandis que certains condamnent, notamment le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, et que d’autres estiment que ce n’est pas assez, comme l’Organisation de Libération de la Palestine, qualifiant l’acte “d’un pas dans la bonne direction, mais insuffisant : les produits issus d’un crime de guerre devant être interdits, pas seulement étiquetés.” L’ex-ambassadeur d’Israël en France, de 2006 à 2011, préfère jouer l’indifférant en minimisant les risques. «En France, le boycott des produits israéliens est une tendance inquiétante mais elle reste marginale, il ne s’agit pas d’une menace existentielle sur le pays.» 

Des propos en réaction à l’adoption hier, par l’Union Européenne, de l’étiquetage obligatoire des produits des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. Pour le Premier Ministre israélien, ce n’est pas tant l’impact sur la balance économique qui importe (les marchandises concernées, majoritairement des produits agricoles et des cosmétiques, représentent “moins de 1%” du total des échanges commerciaux entre l’UE et Israël), mais plutôt ce qu’il voit derrière cette mesure. A savoir, un soutien au mouvement international BDS  Boycott, Désinvestissement, Sanctions (récemment condamné en France, où le boycott est depuis illégal).

Sarkozy a soutenu la création « d’Etats nations »

Pour Mr Shek, comme annoncé plus haut, les problèmes ne sont pas là. Une prise de position qu’on aurait pu voir venir, pour ce diplomate de père en fils, qui, selon ses dires, «n’a jamais été très commode». Des déclarations chocs pour un ex-ambassadeur, qui marquent les esprits. «L’avenir du pays est entre les mains des pires extrémistes, le gouvernement le plus chancelant de notre histoire, où les 22 ministres se détestent mutuellement.» Voilà ce qu’énonçait Mr Shek, après que Benjamin Netanyahou soit parvenu à rester au gouvernement, par un coup de passe-passe dérisoire, céder à toutes les exigences de l’extrême droite. Mais même avant ce renouveau parlementaire, à l’entendre, d’autres décisions politique de notre ressort ont joué un rôle majeur dans la situation d’aujourd’hui. Notamment le soutien de la France dans la création de deux Etats Nations, orchestrée par celle dont Nicolas Sarkozy n’arrivait pas à prononcer le nom : Tzipi Livni, l’ancienne ministre des affaires étrangères israéliennes. Selon lui, tout reposait sur la nuance «nation», qui signifiait un retour des palestiniens en Palestine, et non pas sur les terres colonisées par Israël. «Depuis quelques années, les négociations entre les deux peuples sont au point mort. Ce qui a fait monter les tensions.» Et c’est pour cela qu’aujourd’hui le vase a débordé.

«Netanyahu stabilise le statu quo, or cette notion est instable»

«Le gouvernement israélien n’est pas assez motivé pour la paix.» la faute à Netanyahu selon l’ex-ambassadeur. Mr « je ne rentre pas dans le moule », s’exprime en homme libre, démuni de la responsabilité de ses fonctions, on l’aura bien compris. «Le Premier Ministre israélien stabilise le statu quo. Pour un Israélien à Tel-Aviv, la vie est agréable. Or, pour un Palestinien dans un camp de réfugiés de Cisjordanie, ce statu quo est inacceptable.» Les affrontements aux couteaux témoignent de l’état d’urgence des peuples. Ces crimes à l’arme blanche ont commencé à s’installer, mais ne doivent pas perdurer. «La notion de statu quo est instable. Quand bien même un leader voudrait le geler, la réalité va se charger elle-même de le modifier.» 

« Des gouvernements faibles »

La situation des forces dirigentes, palestiniennes et israéliens, n’aident pas non plus. Mr Shek n’y va pas de main morte. Il commence par Israël où le climat gouvernemental est glacial.  «Netanyahu a été réélu pour la 4ème fois, on devrait donc le voir comme un homme fort, alors qu’il a perdu beaucoup de sièges au parlement. Difficile de mobiliser la majorité pour un processus de paix ». Puis place à la Palestine, où ce n’est pas mieux. «Mahmoud Abbas, leader en perte de crédibilité, victime d’insultes de la presse et des manifestations. Il avait choisi de miser sur la voie du dialogue, mais a tenu des propos controversés selon moi (devant l’ONU) et a été rattrapé par la réalité.» 

Alors bien sûr, l’ex-ambassadeur annonce ce qu’il reste à faire. Du déjà vu, il l’admet lui même. Ce dernier donne une réponse mainstream. «Créer deux Etats indépendants, basés sur les frontières de 1967. Bien sûr avec une démilitarisation du futur Etat palestinien et du Jourdain». Avant de partir, il insistera sur un point on ne peut plus essentiel à ses yeux : «Le processus de négociation doit se faire entre le monde arabe et Israël en général.» Condition sinéquanone à toute transition vers la paix au Proche-Orient.

Mélina Fritsch

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