Halloween ou les relents de la Guerre Froide

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En Slovaquie, les bougies ont pris le dessus sur les citrouilles

Alors qu’il y a environ une semaine encore les rues grouillaient d’enfants hagards à la recherche de confiseries. Vous, calés dans votre canap’, rechigniez à aller ouvrir la porte pour leur proposez les quelques bonbons périmés du fond des placards. Exaspérés par ces rejetons qui se croient malins à passer le 30, et le 31 octobre. Outre la goinfrerie, dont ne se plaignent pas les diablotins de la famille Groseille, et l’augmentation de leurs chances d’avoir des caries, quelle est la signification de cette fête célébrée dans le monde entier ? Quelles en sont les différentes pratiques ? Et que soulèvent cette divison ?

A ses origines, Halloween, de la contraction de « All Hallows’ Even », pourrait être traduit par veillée de la fête de tous les saints, à en croire un article du NouvelObs. Selon le Guide du Routard, il y a 3000 ans ce jour marquait pour les Celtes la fin de l’année. Ils pensaient que les fantômes viendraient se mêler aux vivants ce jour-là, convoqués par Samain, seigneur de la mort et prince de la noirceur. C’est de là que viendrait la tradition des déguisements. La version moderne veut que les enfants revêtent leurs plus terrifiants costumes et aillent sonner aux portes des maisons pour crier « Trick or Treat ». La coutume s’est très bien développée en Irlande, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Australie et Nouvelle Zélande. Mais elle est arrivée plus tardivement en Europe, dans les années 1990. Et c’est là que les pratiques divergent. Un clivage, qui vous allez comprendre, n’est pas sans rappeler celui de la Guerre Froide (axe américain, axe URSS).

Citrouilles pour les uns, bougies et chrysanthèmes pour les autres…

C’est face à deux écoles qu’on se retrouve quand on creuse un peu : d’un côté il y a ceux qui privilégient la fête des saints avec ses recueils aux tombes, et de l’autre ceux qui veulent juste prendre quelques kilos et faire de l’argent. En France, on a la pratique qu’on connait. Halloween rencontre un franc succès auprès des enfants. Ravis d’effrayer les passants et de rentrer à la maison les poches pleines de krémas. Les parents vont le lendemain au cimetière pour y déposer des bouquets sur les tombes de leurs proches. Même si cette deuxième partie tend à disparaître.

Cette année, nous étions en Slovaquie, où nous n’avons pu passer à côté des relookings de leurs cimetières. Car oui, à défaut de ne pas surdécorer les maisons, ils se la jouent plutôt pure en habillant de lumière les tombes de leur défunts. En poussant le portillon d’un petit cimetière de campagne, nous sommes tombées sur des tombes illuminées de bougies, rouges et blanches. Ce qui donne, il faut l’avouer, une ambiance assez glauque. Nous étions effrayées, petites européennes de l’ouest que nous sommes, qui ne connaissaient que trop bien la tradition par son caractère marchand, poussé à l’extreme aux Etats-Unis (qui a d’ailleurs augmenté le prix des bonbons à l’approche d’Halloween cette année, a titré, il y a cinq jours Les Echos).

Encore la faute du grand méchant ours russe

Sur place, les Slovaques nous ont expliqué pourquoi les bougies ont pris le dessus sur les citrouilles. «Nous n’avons pas voulu perpétuer l’héritage américain» explique Jana Hutanova, habitante de Abraham, village situé à 40 minutes de Bratislava, la capitale. Une volonté qui semble faire écho à l’influence russe, la Slovaquie (ancienne Tchécoslovaquie) étant ex-membre de l’URSS de 1948 à l’effondrement de l’Union en 1991. En République Tchèque, les familles placent des chaises devant les cheminées en hommage aux défunts. Et en Russie, toujours pas de citrouilles. La fête est même considérée comme extrémiste, à un point tel que le gouvernement interdit à certains collégiens de s’amuser à l’américaine .

A présent, vous y réfléchirez à deux fois avant de revêtir le costume de Jack l’éventreur. Dernière anecdote, outre pour Halloween, les pays dits « de l’Est », ne se laissent pas envahir par ces traditions qu’ils considèrent comme étrangères. Ces bons vieux communistes, qui en réalité ne le sont plus tant que ça, gardent leur touche d’originalité, ce pourquoi on aime tant les critiquer chez nous, notamment avec les fêtes de Pâques. En costume traditionnel, les femmes slovaques reçoivent des seaux d’eau sur la tête et se font fouettées avec un korbač, petit fouet tressé de branches d’osier, par les hommes… Une pratique qui, chez nous, aurait de quoi réveiller les féministes !

Mélina Fritsch

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