Le conflit israélo palestinien à travers la souffrance maternelle

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Anne Guion, journaliste et auteur du livre “Nos larmes ont la même couleur”

«Israel est une zone qui vous prend sans cesse à rebrousse poil, tout est bien plus complexe qu’on ne le croit». Voilà ce qu’Anne Guion, journaliste à l’hebdomadaire La Vie s’est dit en 2005 quand elle a débarqué pour son premier reportage sur le terrain. Ses connaissances théoriques pour seul bagage, elle a vite déchanté. 10 ans après, elle écrit Nos larmes ont la même couleur. Paru le 8 octobre, le recueil de témoignages entend lutter contre une vision manichéenne, qu’on serait tenté d’avoir par simplification, des violences israélo palestiniennes. Une oeuvre construite à travers deux témoignages, deux récits de vie de mères endeuillées qui pourraient se haïr, mais qui vont s’entraider. Un vrai travail journalistique, prônant impartialité et exhaustivité, qui va au delà d’un simple bilan, qu’on peut trouver dans les médias, pour essayer de comprendre «comment en arrive-t-on à un dialogue avec l’ennemi» explique Anne Guion.

Tout repose sur le témoignage des matriarches. L’une est palestinienne et l’autre israélienne, et contre toute attente elles ont décidé de s’entraider. Bushra et Robi ont toutes les deux perdus un fils dans les affrontements. «Mahmoud, le fils de Bushra, est originaire d’un petit village entre Jérusalem et Hébron. Un adolescent palestinien de 17 ans qui a grandi dans la violence de l’occupation, et qui s’est fait tué en 2008 par les soldats israéliens lors d’une manifestation.» Et David, le fils de Robi. «Il avait 28 ans. Elevé dans une famille libérale de la gauche israélienne, et après un service militaire effectué contre son gré (obligatoire pendant 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles), il a dû s’engager dans l’armée, alors qu’il était étudiant en philosophie de l’éducation. Il s’est fait tué en 2002 par un sniper pendant sa période de réserve (affection suivant le service militaire).» 

«Malgré tout les sentiments par lesquels elles sont passées. Bushra et Robi ont décidé de s’épauler.» annonce la journaliste tout sourire. Car bien au delà de la peine, peut arriver la haine et le désir de vengeance. «Bushra, voulait vraiment se venger, elle m’a confié vouloir sauter à la gorge de tout soldat israélien pendant plusieurs mois.» Robi était plus sur la réserve, elle dénonçait l’occupation israélienne. «Vous ne tuerez personne au nom de mon fils», voilà ce qu’elle leur a répondu quand le soldat est venu frapper à sa porte pour lui annoncer la mort de David. Quand elles se sont rencontrées pour la première fois à l’occasion du tournage du documentaire One day after peace, c’est un nouveau visage que chacune ont découvert de ce peuple qu’elle pouvait concevoir comme son ennemi. «Bushra était choquée. C’était la première fois qu’elle croisait un israélien non soldat.» confie Anne.

Le Cercle de parents, une once d’humanité parmi toute cette violence

Ces mises en relation de familles palestiniennes et israéliennes endeuillées, sont l’oeuvre de l’association le Cercle de parents. Créée en 1993, juste après les accords d’Oslo. On se rappelle tous de la poignée de main entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien et Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine. Un moment propice. Parce que l’accord devait poser les bases d’une résolution du conflit, la paix semblait être la plus proche. Mais comme on le voit aujourd’hui, rien ne s’est passé comme prévu. L’initiative associative est venue de deux pères israéliens «un juif orthodoxe business man de Tel Aviv et un garagiste de Jérusalem». «Nous vivons ici, nous ne pouvons pas nous autoriser le désespoir», plutôt que de fuir, ils ont décidé d’agir. Forte de ses 600 membres, l’association propose différents programmes. Parmi eux : le narrative project «soit six week end de rencontres sur l’année pour comprendre les besoins de l’autre». Dans un hôtel d’une zone franche (où aucun des deux peuples n’a besoin de permission), les participants se retrouvent pour un partage sur un événement historique présenté par deux experts (des deux camps), puis une visite du Mémorial de la Shoah. L’organisme ajoute aussi à son arc une autre corde : la portée pédagogique. «25 000 étudiants ont déjà entendu ces témoignages. De plus en plus de monde rejoint l’association. A ses débuts, l’accès n’était réservé qu’aux familles qui avaient perdu un proche. Aujourd’hui, elle est ouverte à tous.» Une once d’humanité qui, parmi toute cette violence, serait peut être le moyen de changer les mentalités, ne serait-ce qu’à petite échelle pour commencer.

Mélina Fritsch

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