Dheepan allie pathos et politique

Des réfugiés du Sri Lanka. Voilà de quoi retourne Dheepan, le film à la palme d’or du festival de Cannes. Sorti le 26 août dernier, le dernier bijou de Jacques Audiard, avait défrayé la chronique. Hyper réaliste ou vulgaire caricature des banlieues ? Que faire face à ces avis on ne peut plus divergents ? «On est jamais mieux servi que par soi-même» dit le dicton. Alors, on est y allé.

On accorde au film un côté très pathos, mais en même temps très réaliste. Originaires du Sri Lanka, pays en proie à une guerre civile opposant le gouvernement et les rebelles tamouls, la population cherche à fuir les conflits. La solution pour accélérer le départ : répondre au schéma de la famille idéale. Au camp de réfugiés, une famille se crée au hasard, dans la hâte pour partir. Dheepan, joué par l’acteur sri lankais Antonythasan Jesuthasan, se met en ménage avec Yalini, jouée par l’indienne Kalieswari Srinisavan. L’actrice sri lankaise, Claudine Vinasithamby, une orpheline du nom d’Illayal vient parfaire le tableau. Dès le début, on s’attache à cette famille de façade, qui essaie tant bien que mal de paraître véridique.

Mais au-delà de ça, Jacques Audiard cherche à inscrire son film dans un contexte politique contemporain. Le discours sert une critique actuelle sur cette France, terre d’asile idéale, selon ces politiques nationaux qui n’osent se remettre en question. Le film, qui témoigne d’une histoire vraie, nous prouve le contraire. Le spectateur plonge dans le quotidien de cette famille de migrants. Logée en HLM dans une banlieue parisienne, la fratrie fictive se soumet aux règles de la cité. Dheepan a réussi à trouver un travail, il est gardien. Cet emploi ne signe pas l’indépendance pour lui, son employeur est un caïd du quartier. Yalini, femme à tout faire d’une personne agé, un travail payé une misère, non déclaré et duquel elle ne pourra démissionner. La petite fréquente difficilement l’école du coin, où elle est rejetée par ses camarades. En somme, un quotidien difficile. Sans parler de la guerre du trafics de drogues à laquelle se livre la cité, qui rappelle à Dheepan son propre conflit d’indépendance qu’il a quitté au Sri Lanka. Il espérait quitter les conflits, mais il les retrouvent sur son lieu rêvé d’exil… Ce qui tue à petit feu le moral de la famille.

C’est cette terre qu’ils considéraient avec tant d’espoir qu’ils veulent à la fin à tout prix quitter, complètement usés par les conditions de vie. Le film s’achève sur une scène utopique en Angleterre.  C’était la destination de rêve de Yalini. La France n’était qu’une étape de son long voyage, pour rejoindre sa cousine chez les Anglais. Un pays qui, à en croire les images, contraste avec l’atmosphère pesante qu’ils rencontrent en France. On y revoit la famille, cette fois heureuse. “Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…”, se dit-on. Le film se termine, la lumière se rallume et très vite nous revoilà au chaud dans notre nid douillet. Une fois rentré, plus aucune pensée ne sera pour Dheepan ou Yalini. Malheureusement, ce serait un tort de ne pas y penser, car c’est le récit d’une histoire vraie pour le peuple sri lankais. Mais aussi pour les 24 000 réfugiés qui fuient la guerre au Proche-Orient aujourd’hui et qui tournent le dos à la France. A présent,  ils errent en quête d’une terre qui leur offrira emploi et logement décent. Exit la France, le cap est mis sur la Suède, le Royaume-Uni ou l’Allemagne. De quoi s’interroger sur le modèle d’accueil français.

Melina Fritsch

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